Ménétréol, Mémoires pour Demain

canaliser la source de Fontenille

Pour assurer une alimentation plus pérenne, prise dans un conflit avec l'administration du canal quant à l'utilisation de l'eau du canal,  la municipalité prévoit de capter l’eau de la source de Fontenille assez active à l’époque.

Située juste au dessus du village, abondante à l'époque, la source de Fontenille semble pouvoir fournir l'eau nécessaire aux fontaines du village

Le conseil propose de faire descendre cette eau dans le bourg pour alimenter les fontaines:

" Monsieur le Président expose au conseil municipal que la plus grande partie des habitants de Ménétréol va, par suite des mesures prises par l'administration  (du canal) pour empêcher de puiser dans le canal, se trouver privée d'eau.

En conséquence, il propose de faire descendre dans le bourg l'eau de la fontaine de Fontenille afin d'alimenter un grand nombre de ménages qui vont se trouver privés d'eau par suitte des susdites mesures et dépose sur le bureau les plans et devis qu'il a fait dresser à cet efft par Mr l'architecte voyer.

Le Conseil, aoprès avoir mûrement délibéré déclare squ'il accepte avec empressement la proposition de Mr le Président et qu'il approuve tels qu'ils sont lesdits plan et devis."

 

conseil municipal du 20 mai 1863

et décide rapidement des moyens financiers

" le même jour et à la même heure, le Conseil Municipal auquel se sont joints MM Bouchard, Baudey plus imposés, avise aux moyens de réaliser le projet susdit; A cet effet il décide que la Commune contractera un emprunt de la somme de 8 600 fr montant du devis des tuyaux, taux de cinq pour cent l'an, que pour éteindre cet emprunt il sera établi pendant 7 ans un impôt extraordinaire de 20 c aux principal des quatre contributions..."

 

conseil municipal du 20 mai 1863

Ce projet accepté, il faut penser à la répartition de l'eau

"... la séance ouverte, Mr le Président expose au Conseil municipal que la réunion a pour objet la fixation de l'emplacement de la borne fontaine des quatre chemins

Le conseil municipal, après en avoir mûrement délibéré et après avoir scrupuleusement examiné les lieux, a décidé que la borne fontaine des quatre chemins sera placée à l'angle côté sud de l'auberge occupée actuellement par Fleuriet Hilaire (Bon Dieu) de sorte que le bec fera face à la rue de l'église aux quatre chemins ..."

conseil municipal du 9 août 1864

Les travaux réalisés sur le chemin de Fontenille ont permis de retrouver la trace des canalisations mises en place à l'époque

la canalisation encore en place dans le chemin de Fontenille

 

les éléments de la tuyauterie mise en place, ces éléments ont probablement été réalisés sur place par enrobage avec le béton employé d'une âme  retirée avant le séchage complet

Cela ne se passe pas vraiment comme prévu, les travaux réalisés, les tuyaux qui conduisent l’eau, mis sous pression, laissent fuir l’eau vers les caves…

L’administration propose d’abord une réparation de ces tuyaux …et c'est le début d'une longue polémique entre la commune, l'architecte et les entrepreneurs !

" Mr le Maire président donne communication de

1° l'arrêté de Mr le Préfet en date du 17 Xbre 1864 ordonnant que la réparation des tuyaux de conduite d'eau seraient exécutés par voie de régie,

2° de l'opposition audit arrêté formée par les sieurs Fougère père et fils,

3° de la lettre de Mr le Préfet en date du 23 janvier ordonnant de sursoir l'exécution de l'arrêté du 17 Xbre et de soumettre au conseil municipal l'opposition des sieurs Fougère,

4° du rapport de l'architecte d'arrondissement en date du 7 février 1865.

Le conseil après en avoir mûrement délibéré approuve dans son entier le rapport de l'architecte et reconnait que les faits articulés par lui sont de la plus exacte vérité

Il croit pouvoir ajouter que les matières employées par les Sr Fougère n'étaient pas les mêmes que celles employées chez Mr de Tascher prises pour type, qu'il est à la connaissance du Conseil qu'au lieu d'employer de la chaux hydraulique, les Sr Fougère ont empoyé pour une partie de chaux grasse.

qu'il n'a pas été employé de cendre de houille

que les Sr Fougère lors de l'adjudication avaient déclaré qu'ils emploieraient pour la confection desdits tuyaux de vingt cinq à trente mètres cubes de sable et qu'ils en ont employé 120 m c, cette matière étant la plus économique. Tous ces motifs font supposer au conseil que le ciment Cognet a été mal fait. Le Conseil conclut à ce que le travaux soient refaits par les Sr Fougère ou à leurs frais en véritable ciment Cognet.

Il prie en outre Mr le Préfet de donner à cette affaire la plus prompte solution possible car l'état présent cause un grand préjudice aux habitants, les rues les caves et les maisons se trouvant remplies d'eau par suite de la rupture des tuyaux..."

 

conseil municipal du 17 février 1865

Le Conseil municipal essaie alors de se dégager financièrement de l'affaire...

" .. Le Conseil municipal ayant pris en considération la lettre de Mr le Sous Préfet de Sancerre et s'étant assuré par le rapport d'expert que le travail concernant les fontaines est une affaire complètement manquée et définitivement irrémédiable, considérant dès lors que la commune ne se trouvera pas de sitôt obligée de payer l'entrepreneur puisque les fontaines ne fonctionnent pas, il n'y a pas lieu d'autoriser aucun versement entre les mains dudit entrepreneur. La question de responsabilité entre l'architecte et l'entrepreneur vis à vis de la commune actuellement en litige demeurant intacte et tous les droits de la commune étant réservés le conseil municipal après en avoir délibéré est d'avis que par virement de crédit une somme de 845.50 fr sur les 1710 fr portés au budget de 1866 pour l'établissement des fontaines publiques soit immédiatement versée entre les mains du receveur des domaines par Mr le receveur municipal..."

conseil municipal du 25 septembre 1866

Si la position de la commune est ferme, juridiquement les responsabilités ne sont pas si claires et la commune doit prendre quelques précautions

" ... vu le rapport des experts Leclerc, architecte à Cosne (Nièvre) agissant pour la commune de Ménétréol et Bourbon, architecte à Bourges, agissant pour la commune en date onze décembre mil huit cent soixante cinq, sans approuver en rien les constatations non plus que les conclusions dudit rapport,

considérant que la défectuosité des travaux de l'entreprise Fougère ne peut et doit provenir que d'un vice de construction ou de d'un vice de plan,

que ni dans l'un ni dans l'autre cas la commune de Ménétréol ne saurait encourir aucun rsponsabilité

invite à l'unanimité Mr le Maire de la commune 1 ° à repousser, combattre ledit rapport, 2° faire appeler en cause Mr Guillard, architecte qui devra soutenir la régularité de ses plans et devis et garantir la commune de toute responsabilité ou condamnation au profit de l'entrepreneur Fougère..."

 

 

conseil municipal du 4 octobre 1866

La préfecture semble donner raison à la commune, seul l'architecte Guillard semble essayer de trouver une solution à sa condamnation

".. la séance ouvert, Mr le Maire expose au Conseil que Mr l'architecte Guillard, condamné par le Conseil de Préfecture à payer à la commune 1890 francs environ pour sa part de responsabilité dans la non réussite des fontaines publiques, demande à traiter avec la commune pour utiliser ses conduits, de remplacer la conduite forcée par une conduite libre, ainsi que le conseillait l'ingénieur pris pour arbitre entre les parties.

Le conseil, considérant que la commune est dans l'impossibilité de s'imposer de nouveaux sacrifices pour la réussite de ses fontaines publiques et que vouloir employer les conduites en question pour conduite d'eau même libre ce serait exposer la commune à de nouveaux déboires, vu ces considérations il désire s'en tenir à la décision du conseil de Préfecture du 1er décembre dernier et après en avoir mûrement délibéré, rejette à l'unanimité quoique à regret, la proposition de Mr l'architecte Guillard tendant à utiliser ses conduits pour une conduite libre au lieu et place de la conduite forcée..."

 

conseil municipal du 7 février 1869

devant l'échec de sa démarche, il essaie alors de faire valoir ses droits, visiblement sans grand succès...

" ... la séance ouverte Mr le Maire met sous les yeux du Conseil une réclamation dressée par Mr Guillard au Conseil de Préfecture tendant à établir que la commune lui doit la somme de 173.65fr pour voyages à Bourges avant sa mise en cause dans l'affaire des fontaines publiques pour le compte de la commune et pour son transport à Ménétréol lors de la première expertise  et pour envoi de tuyaux à Bourges à deux reprises différentes..

Le Conseil municipal après avoir mûrement examiné le mémoire présenté par Mr Guillard et pour lequel il prétend que la commune lui doit diverses sommes à l'occasion du procès des fontaines publiques le rejette à l'unanimité jusqu'à ce que Mr Guillard ait justifié de toutes les sommes qui y sont portées, attendu qu'il n'est pas de la connaissance du conseil que Mr Guillard ait été autorisé à se transporter à Bourges pour le compte de la commune, à envoyer des fragments des tuyaux à Bourges après les expertises et qu'il n'est pas non plus à sa connaissance que Mr Guillard ait été invité à se transporter à Ménétréol sous Sancerre pendant les expertises,

il autorise donc Mr le Maire à défendre devant le Conseil de Préfecture les intérêts de la commune contre les réclamationsde Mr Guillard qu'il croit mal fondées ..."

 

 

 

 

conseil municipal du 21 février 1869

On ne connait pas vraiment les suites juridiques de l'affaire.

le Maire qui avait lancé le projet reste dans la mémoires des anciens "le Maire des fontaines sèches"!

La fontaine coule encore aujourd'hui, bien plus modestement qu'à l'époque, mais peut encore reconquérir son chemin (printemps 2025)

 

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